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Jacques Moderne

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Compositions pour: Jazz ensemble

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Jacques Moderne (Buzet (Istrie) vers 1495 - Lyon, après 1561) est un imprimeur-libraire lyonnais de la Renaissance, connu notamment pour ses éditions musicales.
Avant que Moderne commence à imprimer de la musique (en 1532 ou un peu avant), les éditions musicales lyonnaises ne sont connues que par quelques vestiges. On dénombre :
Ces sources, de même que des mentions trouvées dans des inventaires du temps, montrent que :
C’est le qualificatif qu’il ajoute à son nom latinisé « Jacobus Modernus de Pinguento » qui indique le lieu de naissance de Jacques Moderne : le petit bourg de Buzet, au milieu de la péninsule d’Istrie, actuellement en Croatie. Aucune trace de sa famille n’a été trouvée dans les archives de cette localité. Il est né là probablement dans les dernières années du XV siècle. Le lieu de son apprentissage d’imprimeur n’est pas connu mais pourrait être naturellement Venise, ville très proche où l’imprimerie était très active. Il est possible qu’il soit venu à Lyon dans l’entourage d’un marchand-libraire, comme Jacopo Giunta, qui passe de Venise à Lyon vers 1519, ou envoyé à Lyon par une famille de libraires établie à Venise et à Lyon, telle celle des Gabiano ?
Il est identifié pour la première fois en 1523 dans les archives lyonnaises, cité sous le nom de « grant Jacques libraire ». Sa première édition datée est de 1526, sa première édition datée et signée d’août 1527. Son atelier est d’abord installé rue du Puits Pelu, avec nombre d’imprimeurs et libraires, puis à partir de 1534 rue Mercière, en plein cœur du quartier des imprimeurs et à proximité de l’église des Dominicains de Notre-Dame de Confort, dans laquelle une chapelle avait été cédée en 1466 à la colonie (ou communauté) florentine de Lyon, qui y tenait ses cultes. Il achètera également une maison d’habitation avec jardin dans la rue Raisin.
Il se marie avec Michelette Durand, fille d’Antoine Durand dit Poligny (sa famille est originaire de Franche-Comté), dont la famille était liée à nombre de familles d’imprimeurs ; par elle il a pour beaux-frères le libraire Benoît Bonyn, le notaire royal Laurent Grange et le marchand Benoît Dodat (avec qui il acquiert une maison en 1552). Il atteint donc à un niveau social notable. Son affaire prospère suffisamment pour qu’il puisse faire des acquisitions foncières, et accéder à une certaine notoriété, révélée par diverses responsabilités municipales dans la milice ou la levée des taxes. La dernière édition datée de Moderne date de 1557 (Misse solennes), il est encore cité en mai 1562 dans le bail d’une chambre et sa femme est dite veuve en août 1568 ; il est donc mort dans cet intervalle. Sa veuve lui survit jusqu’au 22 avril 1582, date de sa sépulture à Notre-Dame de Confort.
Au début de sa carrière Moderne a profité des conseils et sans doute de l’appui de Francesco Layolle, organiste et compositeur prolifique très investi dans la communauté florentine de Lyon. C’est à lui qu’on peut attribuer la collecte, le choix et la correction d’une partie des œuvres publiées par Moderne jusqu’en 1540, date de sa mort. Layolle est le compositeur que Moderne a le plus publié (103 motets, chansons ou canzoni, et 4 messes), et il était resté toute sa vie en contact avec les artistes florentins. Même après 1540, on peut supposer que l’impression des canzone du Florentin Matteo Rampollini (vers 1554) est encore une conséquence des liens que Moderne avait tissés avec la colonie florentine. Il est permis d’imaginer que ceux-ci aient dépassé le strict cadre de la musique et qu’ils se soient également traduits par des prêts ayant permis à Moderne d’installer son atelier, par exemple. Comme le souligne Duchamp, l’usage d’une marque typographique en forme de « fleur de lys florentine » et le titre des Motetti del Fiore, peut-être en référence à la cathédrale Santa Maria del Fiore de Florence, peuvent être des signes de cette influence.
Après la mort de Layolle, Moderne a travaillé avec le compositeur Pierre de Villiers). Son rôle auprès de Moderne est moins visible et sans doute moins influent que celui de Layolle, mais là encore le nombre important de ses œuvres publiées par l’imprimeur révèle une proximité professionnelle. Avec Villiers, Moderne profitait aussi d’un musicien bien introduit dans les milieux poétiques lyonnais.
Sur le plan graphique et ornemental, la production de Moderne se situe à cheval entre le post-incunable, avec sa lettre ronde et ses initiales imitant les traits de plume, et le livre moderne avec ses caractères romains et italiques.
Pour la musique, Moderne est le premier imprimeur français à utiliser, à partir de 1530-1532, la technique de l'impression musicale en caractères mobiles et en simple impression, tout récemment mise en œuvre à Paris par Pierre Attaingnant dès 1528. Il a employé seulement trois polices, qui n'ont jamais été repris par d'autres imprimeurs :
La mise en pages des livres de musique de Moderne reprend les canons de l'époque : livres de chœur de format in-folio présentant successivement les parties de superius, altus, tenor et bassus, ou encore livres en parties séparées de format in-quarto oblong pour les Motetti del Fiore. Mais pour la collection du Parangon des chansons, la mise en pages est innovante : les quatre voix sont imprimées tête-bêche sur les deux pages du livre ouvert, constituant un livre de table. Les chanteurs et instrumentistes peuvent donc se placer de chaque côté du livre ouvert à plat sur une table.
La période la plus active d'édition musicale chez Moderne se termine vers le milieu des années 1540, et sa dernière édition musicale datée est de 1557. Les frères Godefroy et Marcelin Beringen avaient déjà fait paraître, dès 1547, des éditions musicales dans une typographie moderne et soignée (avec des œuvres de Dominique Phinot, Loys Bourgeois et Didier Lupi Second, notamment). L'imprimeur Michel Du Bois, venant de Genève, avait fait de même en 1555 et 1556 (œuvres de Philibert Jambe de fer). Le tailleur de caractères Robert Granjon, venant de Paris, les imite dès 1558-1559, avec des œuvres de Barthélémy Beaulaigue. Peu après, la floraison des éditions protestantes sera l'occasion pour de nombreux autres imprimeurs de s'essayer à la typographie musicale.
La presque totalité des éditions de Moderne est décrite dans Pogue 1969, à compléter avec Pogue 1975 et Parguez 2000, notamment. La bibliographie de Pogue est parfois approximative dans la distinction qu'il ne fait pas toujours correctement entre les réémissions (où le corps du texte n'est pas recomposé) et les rééditions (où le corps du texte est entièrement recomposé). De fait, il a pu attribuer deux numéros à deux émissions qui ne diffèrent que par la date ou par des corrections, notamment.
Entre 1526 et 1554 au moins, Moderne a publié une centaine d'opuscules environ, en général des in-octavo de quelques cahiers. Ils sont imprimés dans le style du livre gothique ou du livre moderne.
La répartition s'établit ainsi : 17 % à usage domestique ou professionnel, 19 % de livres religieus, et 58 % de littérature. Les livres en latin sont minoritaires (Legenda sanctorum de Jacques de Voragine, Commentariorum de bello gallico de Jules César, Gesta romanorum, Manipulus curatorum, Secreta mulierum, Sermones… Les livres en français se rapportent au répertoire du livre populaire : quelques farces, ballades, moralités, dicts et complaintes, prophéties ou pronostications, doctrinaux, chroniques, chansons sans musique. Beaucoup de ces éditions sont anonymes, souvent non datées voire pas signées par l'imprimeur ; leur attribution à Moderne est parfois hypothétique.
Même si elles apparaissent majoritaires en nombre, les éditions non musicales de Moderne ne représentent qu'une part mineure de sa production en travail d'impression. En effet, une édition de messes de format in-folio, par exemple, par la difficulté du travail de composition typographique et par le coût du papier représente un investissement équivalent à plusieurs des éditions citées plus haut. Un calcul permet d'apprécier la part de ses impressions musicales entre 75 et 85 % du travail total, mais on peut supposer que les éditions non musicales ont contribué à financer les autres.
Les liturgies sont en faible nombre :
Le recueil des Missæ familiares a été publié d'abord à Paris par François Regnault en 1523 puis en 1528, avant d'être repris à Lyon par Moderne en 1530 (voire avant par un autre imprimeur) puis en 1557.
Dans le domaine de la messe polyphonique, la production de Moderne est considérable puisqu'elle totalise 51 messes.
Les Motetti del Fiore constituent une des collections de motets les plus célèbres de la première moitié du XVI siècle, qui a été largement diffusée en Europe au travers des foires de Lyon. Elle rassemble huit volumes, totalisant 228 motets de 64 compositeurs différents, qui pour beaucoup d'entre sont de stature internationale (Jacques Arcadelt, Nicolas Gombert, Jean Lhéritier, Jachet de Mantoue, Verdelot, Adrien Willaert par exemple. Il s'y mêle quelques auteurs qu'on sait ou qu'on soupçonne avoir travaillé à Lyon à cette époque : P. de La Farge, Pierre de Villiers, Gabriel Coste.
Comme les Motetti del fiore, le Parangon des chansons constitue une collection célèbre, qui a été très diffusée en Europe. Elle accueille beaucoup des grands noms de la chanson française, tels Jacquet de Berchem, Jacques Buus, Pierre Certon, Claudin de Sermisy, Thomas Créquillon, Henri Fresneau, Janequin bien sûr, Jean Maillard, Guillaume de La Mœulle, Antoine Mornable, Pierre Sandrin. S'y trouvent également quelques auteurs qu'on sait ou qu'on suppose avoir vécu à Lyon à cette époque : Gabriel Coste, Charles Cordeilles, F. de Lys, Fresneau ou Pierre de Villiers. Pogue suppose que le lancement de la collection en 1538 peut faire suite au séjour prolongé de la cour de François I à Lyon, en 1536, avec les musiciens qui lui étaient attachés.
À cette collection s'ajoutent trois volumes consacrés à des chansons à l'interprétation difficile :
Moderne a aussi publié quatre volumes de noëls, dont un avec musique notée à 1 voix :
Moderne publie trois tablatures de luth :
Il publie également